Collapsologie. En 2015, dans Comment tout peut s’effondrer (Seuil), Pablo Servigne et Raphaël Stevens introduisaient un nouveau mot pour nommer une discipline montante : la science de l’effondrement (collapse en anglais) de notre civilisation. Deux ans plus tard, le premier s’associait à Gauthier Chapelle pour publier L’entraide, l’autre loi de la jungle (Les Liens qui libèrent), qui invite à coopérer et à s’entraider afin d’amortir le choc attendu. Le trio publiera le 18 octobre un nouvel ouvrage pour apprendre à vivre avec l’effondrement. Mais au fait…

We Demain : C’est quoi, « l’effondrement » ?

Raphaël Stevens : Selon la définition d’Yves Cochet [ministre de l’Environnement Les Verts en 2001-2002, cofondateur de l’Institut Momentum en 2011, ndlr], qui signe la postface de Comment tout peut s’effondrer, c’est un processus à l’issue duquel les besoins de base – eau, alimentation, logement, énergie, mobilité, sécurité – ne sont plus assurés à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. L’ingénieur russo-américain Dmitry Orlov évoque cinq stades d’effondrement : financier, économique, politique, social et culturel. Comme une échelle de Richter de la gravité. C’est un processus qui se déploie dans le temps et dans l’espace de manière hétérogène.

Sur quels éléments vous appuyez-vous pour prédire cet effondrement que vous annoncez pour 2020 à 2030 ?

Pablo Servigne : Nous ne prédisons pas. Il n’y a aucun moyen d’avoir la preuve que ça va arriver, ni que ça ne va pas arriver. C’est une intuition. Nous avons rassemblé un faisceau d’indices scientifiques très conséquent, qui nous laisse penser que ça aura lieu bientôt : le dérèglement climatique, le pic pétrolier, la destruction des êtres vivants et de leur milieu de vie, la fragilité de notre système financier et de notre économie. Plusieurs disciplines scientifiques pensent les catastrophes de manière isolée. Mais quand on les réunit, on obtient un panorama qui révèle quelque chose de beaucoup plus grave et de plus massif : une interconnexion entre tous ces secteurs qui rend probable un effondrement, du fait d’un effet domino. De nombreuses personnes et organismes publics ou privés ont réfléchi à cette question depuis des années. Des experts économiques, scientifiques, financiers, militaires, des climatologues et des responsables de grandes administrations ont publié sur le sujet.

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