Posté le 7 Octobre, 2011 par Simon Pulman

Il y a un article intéressant dans le blog du Tribeca Future of Film intitulé Story Hacks. L’auteur, Mike Knowlton est l’un des co-fondateurs du Transmedia Meetup de NY  et l’un des principaux  actionnaire de Murmur. Vous vous souvenez peut-être de leur récent “film social”, Him, Her, and Them, qui a reçus une importante couverture de la part de la presse techno.
L’article de Knowlton nous fait part d’une approche plus collaborative vers la création narrative qui applique les techniques du développement logiciel à la narration. Un groupe créé des histoires, les teste et les modifie en fonction des commentaires de l’auditoire – C’est un processus appelé “itération”, qui est au cœur de la plupart des grandes sociétés de haute technologie.
Knowlton décrit le processus d’un “hack d’histoire” (story hack):

    Un Hack d’histoire vous encourage à  amener la base de votre histoire à un groupe de personnes et à la partager avant qu’elle ne soit parfaite ou complètement étoffée. La rétroaction est immédiate et ouvre les yeux sur les défauts. Le résultat est un meilleur éclairage sur les avantages et les inconvénients de votre idée avec des moyens tangibles pour l’améliorer.

Cette approche est, bien sûr, assez semblable aux expériences menées par Amazon Studios, où les créateurs en herbe peuvent partager des scénarios en développement et même des exemples de scènes, pour qu’ils soient commentés par la communauté.
L’application de la méthode du «test et itération” appliqué à la narration est quelque chose que j’ai pas mal envisagé récemment parce que je suis en train de lire l’excellent livre de Eric Ries : The Lean Startup: How Today’s Entrepreneuers Use Continuous Innovation to Create Radically Successful Businesses. Ries y parle de ce qu’il appelle la «boucle de rétroaction Construction-Mesure-Apprentissage» qui permet aux entrepreneurs de tester les hypothèses et d’ajuster leur produit et le business plan en réponse aux données qu’ils ont reçues du marché.
Ries compare cela à conduire une voiture. Bien que vous ayez une idée de votre destination, vous pouvez toujours modifier votre itinéraire en réponse à ce qui apparaît en face de vous. En revanche, la plupart des films (et même des émissions de télévision, et dans une certaine mesure des livres) sont construits comme des fusées – vous faites des plans minutieux et mettez en place les préparatifs (sous la forme de traitements,  scripts, casting) et vous vous lancez directement dans un processus de production très coûteux en temps et isolé de l’auditoire. Une fois que vous avez terminé, il y a peu de chose à régler même si des tests d’audience ultérieurs révèlent de gros problèmes. C’est ce type de problèmes que Mike Knowlton et d’autres innovateurs comme Lance Weiler cherchent à atténuer.

Anticiper la Résistance

Cela dit, il y a plusieurs raisons pour lesquelles le story hack peut rencontrer beaucoup de résistance – du moins au début.

  • La première est dû à la mystique de l’auteur. Depuis les 50 dernières années, au moins, la société a célébré la vision singulière derrière une histoire. Les cyniques pourraient appeler cela un mythe, un outil de marketing et, juste peut-être, une façon de maintenir une barrière autour de l’industrie du divertissement. Cependant, il est évident que nous célébrons les créateurs individuels et un processus de création collaborative s’y oppose.
  • Dans le même domaine, mais constituant un risque beaucoup plus concret, est la notion de pensée unique et que le processus se transforme en un comité. Si vous avez déjà essayé de réfléchir à une histoire dans un groupe, vous saurez que c’est extrêmement difficile. Les opinions s’affrontent, les idées tendent à être diluées, et la politique peut se glisser dans la dynamique. Les histoires ne sont pas du code logiciel, elles sont beaucoup plus subjective et beaucoup plus délicates à tester. Comme le président de la Fox, Kevin Reilly a déclaré au Mipcom de cette semaine:

 Si j’avais compté uniquement sur les résultats des recherches, je ne serais jamais allé de l’avant avec certaines des séries dont je suis le plus fier et qui ont marqué quelques un de mes plus grands succès. The Office a eu un test de pilote horrible, même si une très petite base de jeunes ont adorés. Les fans américains de l’original britannique ont été déçus et le nouveau public trouvait que Steve Carell Michael Scott était mesquin et que la série était déprimant et ennuyeux. Nous avons testé quatre fois Glee, à chaque fois avec le même résultat négatif : c’était une série que personne n’aimait. Elle ne s’inscrit pas dans une boite : comédie, drame ou comédie musicale. En conséquence, elle semblait être rejetée. C’est là que réside le piège – lorsque vous sondez les gens sur ce qu’ils veulent, ils ne savent pas comment vous dire qu’ils veulent ou aiment des choses qu’ils ne peuvent pas encore imaginer.

Cela n’empêche pas, bien sûr, la notion de Story Hack – seulement qu’il peut être plus efficace de commencer par une idée assez complète et utiliser le processus collaboratif pour vraiment zoomer sur les détails et – dans le cas des récits de nouveaux médias tels que social films – de tester rigoureusement l’expérience utilisateur et les “flux” à travers le récit.

  • La dernière préoccupation concerne au delà de l’approche collaborative “Tester et Apprendre” »  la création d’histoire qui découle des conventions de business établies (et du droit d’auteur). Particulièrement dans le monde du studio, les entités ont tendance à être signataires de contrats avec des rôles très clairement définis et des idées sur ce qui est nécessaire pour être considéré comme un “storyteller.” Si vous connaissez le système d’arbitrage de la WGA, par exemple, vous saurez que contribuer de manière significative à une histoire et en gagner le crédit ne signifie pas seulement  :
  • être crédité au générique
  • mais aussi un revenu.

Ainsi, tout crédit est disputé âprement.

Cela dit, on pourrait dire que beaucoup d’infrastructures d’Hollywood sont vétustes, et je suis sûr que beaucoup de créateurs indépendants voient cela comme une opportunité dont il faut profiter en étant plus léger et en utilisant des techniques plus progressistes que celles d’ Hollywood. Je dois dire, cependant, et c’est un simple fait, qu’il est beaucoup plus facile d’être collaboratif quand il n’y a pas d’argent impliqué. Mettez un peu d’argent sur la table, et la nature humaine reprend le dessus.
Pour tous les défis que l’évolution des perceptions sur la créativité rendent présent, je pense qu’il y a quelque chose à faire plus vigoureusement (et à moindre coût) dans la notion de tests de concepts devant des auditoires que par le passé, cela en utilisant une variété de plates-formes de médias. C’est clairement l’un des énormes avantages d’un processus de développement transmédia et c’est quelque chose que nous verrons, même les grands studios s’y mettrons dans les prochaines années.
Au niveau basique, des plateformes comme Youtube et Wattpad  (où les auteurs modifient souvent leurs histoires à la volée en réponse aux commentaires) peut être extrêmement utile pour mesurer les tendances du public. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour ce que fait Alloy Entertainment. De toute évidence, une grande partie de ce qu’elle produit (par exemple, The Vampire Diaries) est destiné à un groupe démographique particulier et suit une formule assez semblable. Néanmoins, son modèle de test des concepts à travers les livres et, de plus, la série web (y compris celui annoncé cette semaine) est tout à fait intelligent. Sur un sujet connexe, le LA Times a publié un article cette semaine sur la façon dont MTV utilise la recherche pour alimenter son processus de développement. Le réel changement dans le grand espace des médias, cependant, peut-être venir de la convergence des réseaux sociaux (notamment Facebook et ses «partage sans friction») et des médias.